Le remembrement
Dès 1960, le syndicat agricole de la commune réalise un référendum auprès des exploitants agricoles pour savoir s’ils sont pour ou contre les opérations de remembrement. Les agriculteurs y sont majoritairement favorables ; c’est pourquoi, le 27 mai 1961, le conseil municipal demande, dans une délibération, l’étude du projet. Mais le Génie rural est débordé et, malgré trois relances de la municipalité, le projet n’avance pas. L’incompréhension apparaît quand Nivillac, Théhillac puis Missillac commencent leur remembrement avec des extensions sur le territoire limitrophe dolaysien.
À nouveau sollicité, le Génie rural précise privilégier les communes les plus morcelées et étudier l’ancienneté de la demande ainsi que la préparation psychologique de la population. Le maire apporte les précisions suivantes : la commune est réellement morcelée avec 20 219 parcelles pour 4 622 hectares. Il décrit ainsi l’état d’esprit local :
« La population rurale attend avec impatience le remembrement. À plusieurs reprises, les responsables du syndicat agricole et le maire sont intervenus auprès du Génie rural [...] Tous les exploitants agricoles, et surtout les plus petits, se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient pas travailler d’une façon rationnelle avec le morcellement actuel. »
Le 11 juin 1969, la première commission communale de remembrement, présidée par le juge d’instance de Vannes, a enfin lieu. Elle détermine le périmètre en excluant le bourg et les parties limitrophes déjà remembrées. Elle demande la constitution d’une sous-commission de 28 agriculteurs qui, sans pouvoir décisionnaire, travaillera au classement des terres.
Puis, plus rien avant le printemps 1973. Le président du syndicat agricole, Jean Chesnin, déclare que les agriculteurs :
« [...] sont très déçus et commencent à s’énerver. En espérant que les travaux allaient débuter en 1969, certains ont eu tendance à délaisser quelque peu les terres qui, théoriquement, doivent leur être enlevées. Cela n’arrange rien, ni le revenu, ni les relations entre les voisins. »
Le 14 mars 1973, la troisième commission communale se réunit pour étudier le classement des terres. Celles-ci sont réparties en 5 natures (terres, prairies, prés-marais, landes, bois), puis en 4 classes par nature. À chaque classe est associée une valeur : chaque propriétaire obtient un nombre de points, et les terres remises à l’issue de l’opération doivent a minima égaler ce total.
Du 18 avril au 2 mai 1973, les agriculteurs déposent 86 réclamations, principalement des demandes d’exclusion, étudiées lors de la réunion du 12 juin 1973. La cinquième commission présente alors le bilan final :
· Superficie remembrée : 3 200 hectares (sur un total de 4 650).
· Nombre de parcelles : passage de 13 000 à 2 880.
· Superficie moyenne par parcelle : passage de 0,25 à 1,11 hectare.
Le « grand chamboulement » se poursuit avec les travaux connexes :
· 203 km de talus et haies arasés (169 km sont conservés).
· 34 hectares déboisés.
· 33 km de chemins d'exploitation construits et 16 km dépierrés.
L'aventure administrative se termine par deux dernières enquêtes : la première en juillet 1976 (161 réclamations) et la seconde le 4 février 1977 (67 recours auprès de la commission départementale).
Sources : Archives départementales du Morbihan 1322 W 335-336 et 1147 W 354
L'insurrection de 1793
Au début de la Révolution, l’impact sur les Dolaysiens demeure modeste. La population accueille même favorablement le nouveau régime, séduite par la suppression de certains impôts. Cependant, le climat se tend rapidement autour de la question religieuse. En automne 1791, la nomination d’un curé constitutionnel — qui cumule sa fonction avec celle de maire — cristallise les tensions et provoque une première révolte.
Le véritable tournant survient un an et demi plus tard, lorsque la Convention décrète la levée de 300 000 hommes pour soutenir la guerre contre la Première Coalition. Le district de La Roche-Bernard doit fournir 174 soldats, tirés au sort parmi les célibataires ou veufs de 20 à 40 ans.
Le 13 mars 1793, ce recrutement déclenche un refus massif dans le canton. Sur les 17 communes du district, seule Nivillac accepte de procéder à la levée, et ce, uniquement après l'intervention de la force armée. L'insurrection gagne rapidement du terrain :
- 14 mars : À Férel, 300 à 400 personnes envahissent le presbytère et mettent en fuite le prêtre constitutionnel, Jean Levesque.
- 15 mars : À Saint-Dolay, la maison curiale est pillée dès le matin. Les insurgés détruisent ou consomment tout ce qui s'y trouve, tandis que le prêtre Guillaume Levesque parvient à s'échapper de justesse.
- Collecte d'armes : Des tournées sont organisées dans les maisons des "patriotes" (partisans de la Révolution) à Nivillac et Saint-Dolay pour réquisitionner des armes.
Alors que les districts voisins de Savenay et Guérande sont déjà en pleine insurrection, les administrateurs de La Roche-Bernard sont alertés dès le 13 mars. Le 15 mars, la ville tombe aux mains des révoltés. Les affrontements sont violents : on dénombre 20 morts du côté des révolutionnaires contre deux parmi les insurgés. Ce soulèvement populaire et rural se transforme en acte de destruction symbolique : le mobilier administratif, les archives et l'arbre de la liberté sont anéantis, et les demeures bourgeoises sont pillées.
La réaction de la Convention est immédiate. Le 19 mars, elle vote la peine de mort pour les insurgés. En Bretagne, une justice ambulante est instaurée pour juger rapidement les rebelles. Le 29 mars, un détachement de plusieurs centaines de soldats libère enfin La Roche-Bernard. Début avril, la répression s'organise avec des exécutions publiques spectaculaires destinées à marquer les esprits. Bien que les commissaires d'enquête considèrent la quasi-totalité des habitants comme coupables — avec 150 personnes prévenues — la justice se concentre sur les meneurs. Parmi les chefs exécutés figure notamment le maire de Férel.
Une fois l'ordre rétabli par la force, le processus de levée d'hommes peut reprendre.
Visuel : Par Edmond-Louis Dupain — http://www.musba-bordeaux.fr/fr/catalogue-online-fr/Dupain, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8057706
L'arrestation de résistants en novembre 1944
Pendant la poche de Saint-Nazaire, un évènement a particulièrement marqué les Dolaysiens en novembre 1944.
Depuis le début de la poche en août 44, un groupe de jeunes résistants dirigé par le gendarme Le Diagon obligent des soldats allemands à déserter en leur faisant passer la Vilaine. Conscients de ce problème, des feldgendarmes se font passer pour des soldats et demandent aux habitants comment ils pourraient déserter. Leur chef, Peter Kruchten, dit « Pierrot », parvient à entrer en contact avec Marcel Guyon, réfugié nazairien à Saint-Dolay depuis 1943. Ce dernier prend immédiatement contact avec Paul David, tonnelier au bourg, et l’instituteur Pierre Le Pocreau. Indécis sur l’authenticité de la demande de « Pierrot », les trois hommes prennent l’attache de l’abbé Joly puis se rendent à Saint-Cry pour demander l’avis de leurs supérieurs, l’adjudant-chef Le Diagon et son adjoint Le Calvé. Les chefs hésitent et, finalement, acceptent. Une rencontre est prévue le mardi 21 novembre à 18 h pour une intervention le lendemain à la même heure. Le jour du rendez-vous, les trois Dolaysiens se réunissent derrière la mairie, retrouvent « Pierrot » qui, très vite, crie : « Les mains hautes ! (sic) ». Pierre Le Pocreau raconte la suite :
« Donc ‘‘les mains hautes", pétard devant et derrière, et en avant ; direction l’école près de la mairie avec toute l’escorte de ‘‘chleuhs" due à notre valeur. Arrivés à l’école dans le hall d’entrée, nous sommes placés face au mur, les mains liées derrière le dos et les pieds attachés, un fusil braqué sur chacun. Un officier arrive. J’ai entendu ‘‘Schön prima", c’est très bien, le moindre mouvement : un coup de crosse à la tête. Ces messieurs ont délibéré quelques minutes, nos pieds sont libérés, une lanière de cuir autour du cou, et ‘‘venez !".
À la porte, le cortège se forme devant deux boches, ensuite chacun de nous tenu par la laisse à gauche, un boche à droite, un boche à gauche, et derrière deux chiens et des boches, je ne sais combien… Il pleuvait. En avant marche et c’est parti. Il devait être environ 17 h. La marche était lente, direction Cadouzan, au château, et personne d’autre que nous sur la route, quelle marche funèbre sous la pluie et dans les bois ! Pas d’illusion, notre compte est bon. Allons-nous être fusillés, pendus ? C’était bien la résidence du château de Cadouzan qui nous attendait, avec tout le cérémonial dû à notre dignité. […] Nous sommes conduits non pas à la réception, ce sera pour très bientôt, mais dans un petit réduit à gauche derrière le château. Étant déjà trempés, ce n’était pas un lieu pour nous réchauffer […].
Quelques instants après notre réception, l’accueil à tour de rôle dans le grand salon, c’était pour nous mettre à table ! pour déguster quel repas ! Une table pour l’interprète pour enregistrer nos déclarations, deux tables, trois spécialistes de la torture, pas des petits ! Un attirail de petits bâtons, nerfs de bœuf. ‘‘Déshabillez-vous !", assis, mains et pieds liés avec des câbles, une barre hexagonale est passée sous les genoux, reposant sur les avant-bras, deux gaillards me soulèvent et me posent entre les deux tables, le troisième me coince la tête entre les genoux et m’introduit une éponge dans la bouche, me prend par les pieds pour obtenir une position verticale. ‘‘Allez-y messieurs !" : les coups partent de droite, de gauche en même temps, celui qui coince la tête avec ses genoux fait ‘‘Bravo !". Stop. Alors commence la fusée de questions posées par Pierrot et l’interprète doit inscrire. »
Puis, les dix résistants sont envoyés à Guérande puis à Saint-Nazaire. Seuls les huit premiers sont finalement jugés par un tribunal allemand le 6 décembre 1944 : verdict : la peine de mort. Heureusement dix jours plus tard la sentence est annulée. Ce revirement des Allemands s’explique peut-être par l’ultime tentative désespérée entreprise par les condamnés à l’issue du procès. Pierre Le Pocreau et Paul Le Gal rédigent en effet un appel à l’aide à madame Boissière, ambulancière à La Roche-Bernard et résistante. Cet appel à l’aide est récupéré par deux ouvriers de l’entreprise Pichon, Michel Guihard et Philippe Marcel, qui travaillent à ce moment-là à la prison. Ces derniers acceptent de faire l’intermédiaire jusqu’à madame Boissière qui en informe le sous-préfet Benedetti, replié sur Saint-Gildas-des-Bois. La teneur des pourparlers avec le commandant Junck est inconnue mais il semblerait qu’il ait menacé d’exécuter dix officiers allemands prisonniers en représailles, ce qui sauva la vie, vraisemblablement, aux huit condamnés de la poche de Saint-Nazaire.
Accident mortel du 19 avril 1943
Le 19 avril 1943. Un groupe de jeunes dolaysiens se rend à la fête Fleurie de Redon en vélo en passant par Sévérac.
Au retour, ils décident de raccourcir le trajet en passant la Vilaine à Cran, vers 22 h, en utilisant la barque de l’un d’entre eux. L’enquête révèlera ensuite que la barque appelée plate est d’un modèle restreint et en mauvais état. Les planches sont disjointes à la partie supérieure de deux cotés et à l’amont. La Vilaine à cet endroit se trouvant rétrécie est entrainée par un fort courant tant au flux qu’au reflux. À part les cales et un rocher situé à proximité, il est très difficile de débarquer à cause de la vase déposée sur les rives (le barrage d’Arzal n’était pas encore construit].
Joseph Tilly, un des rescapés témoigne lors de l’enquête :
« Nous étions partis à bicyclette mais pour revenir nous avions décidé de traverser la Vilaine avec le bateau de Crespel de l’Hôtel-Bernard. Nous avons chargé les dix bicyclettes à l’avant du bateau et nous sommes montés tous les deux à l’arrière. Au cours de la traversée, la bateau embarquait de l’eau mais nous pensions néanmoins pouvoir traverser sans encombre. Le courant nous ayant déportés, nous n’avons pas tenté d’accoster à la cale mais plutôt à un rocher situé un peu en aval. Arrivés à quelques mètres de ce rocher, l’embarcation a été prise dans un remous et ayant embarqué une grande quantité d’eau a coulé doucement par l’avant puis a chaviré. »
Jean Montoir, passeur à Cran, raconte :
« Hier soir, vers 21 h 30, je prenais des passagers de l’autre côté de la Vilaine pour les passer. J’ai bien vu la bande de jeunes gens et jeunes filles embarquer et tenter d’accoster au rocher situé un peu en aval de la cale. Je les croyais même arrivés lorsque le bateau a été pris dans un remous et renvoyé vers le milieu de la Vilaine. Cependant, je ne m’en suis pas inquiété, pensant que ce même remous les aurait ramenés à terre. C’est un de mes passagers qui s’est écrié brusquement que le bateau avait coulé. À mon tour, je me suis rendu compte du fait et j’ai vite fait débarrasser mon bateau et, accompagné seulement de quelques hommes, je me suis porté au secours des jeunes gens. Je n’ai pu repêcher que Jean-Louis Crespel qui, malgré les soins énergiques qui lui ont été prodigués, n’a pu être rappelé à la vie.
Armand Brisson, 23 ans domicilié à Cran, apprend le naufrage et se précipite dans un bateau pour porter secours. Il sauve ainsi 3 jeunes : Robert Juino, 21 ans, réfugié de Saint-Nazaire au Petit-Bézo ; Joseph Tilly et Maurice Courjal, 16 ans, de Cran.
Le docteur Picaud de La Roche-Bernard arrive à 12h pour constater le décès de Marie Allain, 21 ans, du Petit-Bézo et Jean-Louis Crespel, 28 ans, de Cran et délivre les permis d’inhumer. Mais quatre jeunes sont déclarés disparus : Raymond Crespel, 22 ans, de l’Hôtel-Bernard ; Roger Crespel, 20 ans, de l’Hôtel-Bernard ; Louis Sébilo, 18 ans, de La Vieille-Ville ; Brigitte Robert, 17 ans, de La Nouarderie. Les recherches se poursuivent en vain, les corps sont finalement repêchés entre le 21 et le 25 avril.
Source : Archives départementales du Morbihan, tribunal correctionnel U 8483
La procession d'août 1944
Depuis le 28 mars 1943, quatre statues, représentant Notre Dame de Boulogne, sillonnent la France sur un char à quatre roues. Ce pèlerinage du Grand-Retour en faveur de la paix est parti de Lourdes en direction de Boulogne-sur-Mer.
Début août 1944, la procession se retrouve dans le sud-est du Morbihan où sont en train de se replier les troupes allemandes. Elle est à Pénestin le 4 août, à Camoël le 5, puis à La Roche-Bernard le 6. Le 7 août, elle doit traverser la Vilaine par le pont de La Roche-Bernard mais les combats y font rage. Le maire de Saint-Dolay demande aux Allemands l’autorisation exceptionnelle de traverser la zone interdite des bords de Vilaine afin de lui permettre de poursuivre sa route en France libérée. L’autorisation est refusée. Le père Tanguy, montfortain de Pontchâteau, rétorque qu’« une reine n’a coutume de demander à quiconque la permission de circuler dans son royaume ». Il décide donc d’organiser un passage « clandestin » de la statue. Pour la transporter, il repère une barque qui a échappé à la vigilance des Allemands. Elle fera l’affaire. Pour l’endroit, il faudra naviguer par le passage de Cran, à Saint-Dolay, bien qu’il soit gardé par une vingtaine de soldats allemands. De l’autre côté de la rive, les FFI en sont informés. Ils doivent se tenir prêts à effectuer des tirs de couverture si d’aventure les Allemands attaquaient le cortège. Le plan, jugé trop dangereux, est finalement abandonné au profit du franchissement, un kilomètre en amont, au lieu-dit Pont de l’Isac à Théhillac. Ce dernier est prévu pour le 9 août.
Le jour J, malgré une tension palpable, les autorités religieuses décident d’organiser une ultime procession de la statue au départ de Saint-Dolay. La statue y est portée par cinq jeunes Dolaysiens : Francis Fréhel, Jean Mayas, Maurice Rual, Joseph Tilly et Auguste Vallée. De nombreux fidèles tiennent à être présents en dépit du danger, à l’image d’Émilienne Bompoil et Marie-Thérèse Crespel qui se souviennent avoir « marché pieds nus jusqu’à Théhillac » lors de cette procession. Le recteur en retraite, Joseph Nicolet, est émerveillé. Dans son carnet, il note ces quelques mots :
« Les décorations de la route sont de 5 km. De la mairie à l’église, c’est une voie triomphale. Journée de prières. Chants. Pénitence. Veillée toute la nuit. Départ 8 h 30 pour Théhillac. »
En fin de matinée, la statue est chargée sur une barque et peut enfin recouvrer sa liberté. L’abbé Pondard, recteur de Théhillac, raconte cet épisode avec beaucoup d’émotion :
« Ce retour s’avère difficile, car il faut lutter contre le reflux. Pour comble de malheur, voilà un tolet qui cède, puis casse complètement, accident qui rend la rame inutilisable. Et la marée qui, en descendant, nous entraîne vers Cran ! Alors je prends le tolet à pleines mains et, tout en le maintenant, j’appuie sur la rame afin qu’elle ne se soulève pas en frappant l’eau. Mais à chaque fois que l’aviron s’enfonce dans l’eau vaseuse, il m’écrase les doigts. Déjà j’ai l’index en sang. Est-ce que je tiendrai ? On verra bien. Traversons toujours. Et avec l’aide de Paul [Lelièvre], monté avec moi, nous passons l’endroit dangereux ; tout a bien marché. Sur la rivière, vraie nappe d’huile, lentement notre bateau avance le long des roseaux. Ma soutane, maculée de cette vase grise, caractéristique de la Vilaine, fait contraste avec la blancheur de la Vierge. Nous avions pris la résolution de ne pas chanter, de crainte d’attirer l’attention des Allemands. Mais ce fut plus fort que nous. Quand nous avons vu la Vierge au milieu des flots, si belle et si calme, même en plein danger, nous avons entonné : ‘‘Vierge, notre espérance", et j’avoue que je n’ai jamais chanté ce cantique avec autant de cœur. Toujours je garderai le souvenir de ces minutes enivrantes où nous sentions Notre-Dame si proche de nous. Des gars de Rieux, venus pour nous aider au besoin, longeaient la berge, répondant au chapelet et chantant avec nous. À 11 h 30, nous accostons doucement au débarcadère. C’est un enthousiasme délirant ! Nous sommes en France libre : vive Notre-Dame ! »
Extrait du livre « Les Dolaysiens face à la guerre 1939-1945 » en vente auprès de l’association.
Les obsèques de Jean Baucherel en 1974
Le jeudi 17 octobre 1974 vers 22 h, un accident mortel se produit à Allaire au lieu-dit Boufesse. Un homme est retrouvé sous sa voiture, éjecté lors de l’accident, âgé de 49 ans il s’agit de Jean Baucherel. Exploitant agricole au Gringot à Théhillac où il est maire depuis 1959, il est également conseiller général depuis 1967. Officier du mérite agricole et chevalier de la légion d’honneur, sa mort bouleverse au-delà de sa commune.
Le journaliste d’Ouest-France, qui relate l’accident, le décrit comme « un homme simple, aimable, qui depuis de longues années s’était dépensé sans compter pour le développement de cette région de Vilaine et de l’agriculture sur le plan morbihannais ». […] « M. Baucherel faisait partie de nombreux groupements ou organismes à caractère économique et social. Il était notamment vice-président de la caisse mutuelle de réassurance agricole ; administrateur de la caisse régionale du crédit agricole ; secrétaire départemental du centre de gestion et d’économie rurale ; président de l’association pour le téléphone en zone rurale ; membre très actif de l’institution interdépartementale pour l’aménagement du bassin de Vilaine. »
Les obsèques sont célébrées dans l’église de Saint-Dolay par l’évêque de Vannes, en présence d’une foule nombreuse avec notamment de Christian Bonnet ministre de l’agriculture, de Raymond Marcellin sénateur et président du conseil général, du préfet du Morbihan et bien d’autres. L’abbé Rusquet évoque la personnalité de Jean Baucherel en ses termes « infatigable serviteur de tous, disponible et accueillant, dont le charme, la noblesse de cœur, l’abnégation forçaient la sympathie et le respect. Il était l’ami de tous ».
Son adjoint à la mairie de Théhillac, Michel Paboeuf, puis le préfet prononcent chacun une allocution au cimetière, puis le président du conseil départemental prend la parole à son tour : « défenseur intelligent et averti du monde agricole […] plein de sens et de raison […] son attachante personnalité qui lui valait l’estime de tous ».
L'érection du calvaire en 1910
« Le jour de la Toussaint 1910 eut lieu l’érection d’un calvaire restauré à l’occasion d’une mission. En effet, lors de la mission de 1896, le calvaire élevé vers 1878 dans l’ancien cimetière (emplacement de l’église actuelle) avait été transporté place de l’ancienne église (près du cimetière actuel). Le bois de la croix étant pourri, il était urgent de le remplacer. On descendit le Christ. La famille de Jérôme Géraud offrit un chêne 🌳pour faire un nouveau calvaire.
La croix fut faite par Arsène Bodiguel, charron, aidé de Félix Brisson, menuisier et d’Emile Chotard, maréchal ferrant. Le piédestal fut maçonné en autres par Jean Pério, François Vignard… […].
La croix avait été élevée à l’avance avec le concours de M. Le Thiec de La Roche-Bernard et consolidée. Après les vêpres des morts, le jour de la Toussaint, la procession s’organisa malgré la pluie qui commençait à tomber. Cinq équipes de 22 hommes ou jeunes gens se relayaient pour porter le Christ élevé sur un superbe brancard. Le cortège triomphal alla jusqu’à la mairie où flottait le drapeau national, M. le maire Jean Chesnin prononça une allocution et le cortège reprit sa marche.
On arriva à la place de l’ancienne église. Tout était prêt. Le Christ fut élevé sur la croix pendant qu’on répétait avec enthousiasme : Vive Jésus Christ ! Vive la croix !
La pluie 🌧 tombant à torrents : il fallut rentrer dans l’église. »
Source Le Ruicard (1991) article de Dany Callofer
Visuels Collection privée LEPAGE
La sécheresse de 1976
En 1976, la commune est frappée comme le reste de la Bretagne par une sécheresse exceptionnelle.
D’un point de vue météorologique, cette situation commence dès l’hiver par la présence d’anticyclones qui empêchent les précipitations venues de l’Atlantique d’atteindre l’Europe. A la fin de l’hiver, le déficit de pluies s’approche des 40%. Dès le mois de mars 1976, les agriculteurs s’en inquiètent, les précipitations sont quasi nulles au mois d’avril. Le déficit de pluies avoisine les 70 % à la mi-juillet. Dans le Morbihan, l’alimentation en eau potable est cependant assurée grâce à la grande capacité du barrage d’Arzal. Puis arrive entre le 22 juin et 13 juillet 1976, la canicule !🥵 Les incendies de forêts se multiplient dans le département.
Saint Dolay comme le reste du département est fortement touchée sur le plan agricole. " La situation actuelle ne peut être reliée qu'avec l'année 1921, à cette différence près que nous avons quatre fois plus de bétail qu'alors, ce qui aggrave le problème ", a déclaré M. Bonnet, ministre de l'agriculture, mardi 30 juin, au cours d'une conférence de presse.
Faute de nourriture, certains agriculteurs abattent leurs bêtes et engorgent momentanément les abattoirs. La production laitière tout comme la production légumière voit s’effondrer les rendements : 2,5 tonnes de petits pois à l’hectare au lieu de 4 tonnes habituellement. Autre exemple, seuls 20 à 25 % des semis ont levé pour les haricots.
C’est alors qu’ « une opération paille » est déclenchée. Organisée par l’Etat, les syndicats agricoles et les groupements de vulgarisation agricole : les régions céréalières viennent en aide aux agriculteurs qui n’arrivent plus à nourrir leurs animaux en fournissant de la paille. Dans ces régions, le contingent militaire est même appelé pour aider à ramasser les bottes.
Puis ce sont des wagons entiers qui sont acheminés vers l’Ouest. Les agriculteurs, après s’être inscrits, vont chercher la paille en gare de Sévérac. Le convoi de tracteur dans le bourg de Saint-Dolay est spectaculaire !
Fin août, la solidarité nationale prendra la forme d’un impopulaire « impôt sécheresse », dont seuls les plus défavorisés seront exempts. Il permettra de lever plus de 2,2 milliards de francs de l’époque (1,46 milliard d’euros).
Quelques jours plus tard, la pluie revient, enfin, et met un terme à la sécheresse.
Mais son souvenir, lui, reste encore dans les esprits.
Sources : Archives départementales du Morbihan, La sécheresse de 1976 (morbihan.fr) (en ligne) ; En Envor 1976, les Bretons face à la canicule (enenvor.fr) (en ligne) ; Vidéos de l’INA https://youtu.be/GHZaBzlCz-M?si=GH1HCN6gfAifDEwX et https://youtu.be/Jhgp9DPtke4?si=z6UUwRgGNIw4Lo9D
Visuels : Collection Canaux et Ouest-France
Manifestation lors de l'inventaire des biens d'église, 1906
Lundi 12 mars 1906, 3000 dolaysiens manifestent devant l’église. La veille au soir, barres de fer, troncs d’arbres, pierres énormes forment des barricades tenues par 200 hommes. Dans l’église, 200 personnes prient toute la nuit. Des jeunes gens parcourent la campagne et rassemblent au lever du jour les villageois qui s’arment de fauches et de gourdins. Tels sont les faits relatés par la presse conservatrice l’Arvor du 21 mars 1906.
Mais que s’est-il passé ? Rien de plus que dans les autres communes bretonnes. Les catholiques s’indignent contre la loi de séparation des églises et de l’état et notamment contre la réalisation des inventaires des biens d’église perçus comme un préalable à une spoliation.
En ce début de vingtième siècle, il est important de lire avec du recul la presse. Tantôt conservatrice comme l’Arvor, tantôt républicaine comme le Progrès du Morbihan, il est difficile de connaitre les faits réels.
Ce qui est sûr c’est que la manifestation a rassemblé une grande majorité des dolaysiens et qu’elle a dégénérée. Cinq dolaysiens ont été jugés pour outrages à agents et rébellion par le tribunal correctionnel de Vannes: Léon Chesnin (25 ans du Grippé) qui écope de 8 jours de prison, Pierre Chesnin (17 ans du Grippé), Jean-Marie Noguet (53 ans de la Broussais), Louis Duval (65 ans du bourg) et Pierre Tual (34 ans du Corno) qui bénéficient de la loi d’amnistie du 19 juillet 1906.
L’inventaire des biens de l’église a bien eu lieu quelques mois plus tard.
Sources : Presse en ligne, U 3643 et 3644 (dossiers de procédure correctionnelle)
Inauguration du pont de Cran, 1966
Le 21 juillet 1966, le pont de Cran est inauguré par le ministre de l’industrie Raymond Marcellin «cette inauguration marque le couronnement de la première étape des travaux de l’aménagement de la Vilaine» et béni par le recteur de Saint-Dolay l’abbé Le Bot.
Cette première étape a notamment concerné la construction du port du Plessis entre Saint-Jean-la-Poterie et Saint-Perreux, le colmatage de la mer du Tou, la construction du siphon de Peillac, la station de pompage de l’Isac, le vannage du Trévelo, le dévasement du Belion…
La seconde étape sera notamment le barrage d’Arzal.
Avant la construction du pont de Cran, entre Redon et la mer soit sur 50 kilomètres, le seul point de franchissement était le pont de la Roche-Bernard.
Le choix de Cran est intervenu après des études avec deux autres passages au Rohello (Béganne) et à Folleux (Nivillac). À Folleux, il s’agissait d’un projet de pont fixe mais qui aurait nécessité la construction de 3,5 kilomètres de chemins. Au Rohello et à Cran le projet retenu était un pont tournant mais celui du Rohello aurait été plus cher. Le marché du pont de Cran est confié à l’entreprise Dodin.
Quelques éléments de cette construction :
5 septembre 1964 : début des travaux
Mi-juillet 1965 : mise en service
Coût : 3,5 millions de francs
Pont de 171 mètres de long avec une travée mobile de 38,73 mètres.
Construction d’une route de 800 mètres dans les marais surélevée d’un mètre par rapport aux marais pour éviter les inondations.
Sources : Archives départementales 1549W
Clichés : Musée de Bretagne et Groupement culturel breton des pays de Vilaine
Collection GCPBV
Collection GCPBV
Collection Musée de Bretagne
Les troubles de la Révolution, 1791
Le début de la période révolutionnaire impacte peu les dolaysiens. Ils sont plutôt favorables au nouveau régime qui a supprimé certains impôts. Mais rapidement la situation va évoluer en raison de la question religieuse.
La constitution civile du clergé s’impose aux prêtres qui doivent y jurer fidélité. Cette constitution interdit notamment les vœux perpétuels, le curé devient un officier public payé par l’État, et les biens du clergé sont également confisqués et vendus au profit de l’État.
À Saint-Dolay, le curé refusant la constitution devient réfractaire. Le 16 octobre 1791, un curé constitutionnel est nommé : Guillaume Levesque, il remplace également le maire décédé.
Le 14 novembre 1791, l’assemblée municipale réunit pour élire un nouveau maire, refuse la présence de Guillaume Levesque. Puis au moment de sonner les vêpres, Guillaume Levesque est agressé dans l’église. Après les vêpres, il est insulté et presque lapidé par une multitude d’assaillants, des membres de la municipalité sont également pris à partie par l’attroupement.
Des femmes poursuivent notamment à coups de pierres Noël Nicolet (officier municipal) et Yves Panheleux leur reprochant d’avoir participé à l’élection de l’apostat. Le groupe de femmes est appuyé dans la lutte par la garde nationale de la commune qui est aux mains des contre-révolutionnaires.
Informés par le district de la Roche-Bernard, les révolutionnaires envoient une garnison de guadeloupéens pour faire taire cette révolte. Les troupes sont logées à leur frais chez les personnes considérées comme meneuses comme Michel Pério et Tual Desbrières. Rapidement, les dolaysiens se plaignent de la présence de ces hommes de guerre « coupables de meurtre » et des frais engagés.
Le détachement de guadeloupéens est renvoyé vers Rochefort-en-Terre le 12 décembre 1791, et le calme est rétabli dans la commune.
Source : Archives départementales L1338
Le bombardement de Sainte-Anne, 1940
Le 27 décembre 1940, 8 bombes tombent à Sainte-Anne à proximité d’une maison isolée et à 300 mètres du village. Une toiture a été arrachée et deux personnes ont été blessées.
Durant cette nuit du 27 au 28 décembre 1940, le Morbihan est durement touché par des bombes britanniques dont les raids redoublent d’intensité. Les communes de Kervignac, Nostang, Port-Louis, Locmiquélic, Riantec, Inzinzac, Remungol sont concernées faisant heureusement aucune victime.
Les villageois de Sainte-Anne resteront marqués de ce bombardement. Un ex voto est présent dans la chapelle qui remercie Sainte Anne d’avoir protégé le village.
Source : Archives départementales du Morbihan, 2W15932
Collection privée Géraud
L'épidémie de charbon, 1949
Le 27 juillet 1949, un vétérinaire de la Roche-Bernard est appelé pour examiner la viande d’un bovin abattu d’urgence. Après son examen, il autorise la consommation de la viande. Le 30 et 31 juillet, les mêmes faits se reproduisent et la moitié d’un bovin est vendu à un boucher de Missillac. D’autres bovins meurent, une autopsie est pratiquée sur l’un d’entre eux et le vétérinaire soupçonne de détecter la fièvre charbonneuse. Les échantillons sont envoyés au laboratoire départemental.
Le 8 août, 8 animaux sont morts, 5 malades hospitalisés à Nantes. Les villages touchées sont le Roho, le Petit-Bézo, le Grippé, la Noirderie, le Broussais, Caumont, Cran, Le Goulet et le Theyat. Le 9 août, l’annonce de la mort de deux personnes entraîne une panique générale, la rumeur court que la commune est interdite aux personnes extérieures. Ce même jour, les habitants de 14 villages au nord d’une ligne allant du village de la Ruellemain à Cran sont vaccinés ainsi que 100 bêtes. Par la suite 450 animaux sont traités et 400 vaccinés.
Le bilan fait état de 14 personnes hospitalisées dont deux morts et de nombreux animaux abattus.
L’origine de l’épidémie de charbon provient d’un bacille de charbon qui se trouvait dans la terre dans les pâturages communs des bas marais de la Vilaine et plus particulièrement dans le marais du Roho. Soixante ans auparavant, le cheptel d’une ferme de la Gaudinais avait été atteint et le vétérinaire en était mort, peut-être que les bêtes malades avaient été enfouies sans mesure de décontamination.
Puis vient le temps des indemnisations, les fermes touchées sont particulièrement pauvres, et c’est souvent l’ensemble du cheptel qui a été abattu. Le maire Hervé Du Rostu va se battre auprès des autorités afin que ces fermiers soient correctement indemnisés. Cela n’interviendra qu’en juin 1950.
Sources : Archives départementales du Morbihan, 33W18 et 40W76